02 février 2021

Boîte à outils hivernale de l'APWA - La dimension éthique de la COVID-19


Wilfrid Nixon, Ph.D., P.E., PWLF, Président, Professional Snowfighters Association, Iowa City, Iowa; membre du sous-comité de l’entretien hivernal de l’APWA

Je suis certain que nous en avons tous assez de la COVID-19, mais comme un invité gênant, le virus ne semble pas vouloir partir. Juste avant Noël, l’AIPCR, l’Association mondiale de la route (voir https://www.piarc.org/fr/), a organisé un webinaire d’une demi-journée au cours duquel des représentants de six pays (France, Allemagne, Japon, Chili, Canada et États-Unis) ont partagé leurs expériences sur l’impact de la COVID-19 sur leurs opérations d’entretien hivernal. C’était intéressant, principalement parce qu’il y avait des préoccupations communes malgré les différentes approches de l’entretien hivernal dans tous ces pays. En bref, beaucoup de problèmes rencontrés sont les mêmes partout dans le monde.

Et cela m’a fait réfléchir aux questions éthiques soulevées par la façon dont les services publics abordent la COVID-19; non pas parce que je pense qu’il y a quelque chose de mal dans la façon dont les organisations abordent cette question, mais parce qu’il y avait un besoin exprimé d’un contexte dans lequel prendre des décisions sur tout ce à quoi les gestionnaires sont confrontés au quotidien. Et cela m’a amené à considérer la dimension éthique de tout cela.

Il y a (au moins) deux questions éthiques majeures qui se posent dans le contexte de la COVID-19, mais avant de nous plonger dans ce sujet, je souhaite également mettre en contexte la pensée éthique, bien que je sois conscient que tout ce que je pourrais écrire sur ces théories pourrait faire tourner des éthiciens morts dans leur tombe et pousser des éthiciens vivants à s’arracher les cheveux. Cependant, je suis prêt à prendre ce risque! Il existe bien sûr une multitude de systèmes éthiques utilisés pour évaluer différentes situations, mais deux d’entre eux se situent aux extrémités du spectre. D’une part, nous avons l’utilitarisme, qui a été présenté pour la première fois au XVIIIe siècle par Jeremy Bentham, puis affiné quelque peu au siècle suivant par John Stuart Mill. Dans ce cadre éthique, les actions qui procurent le maximum de bonheur et de bien-être à tous les individus concernés doivent être privilégiées, indépendamment du fait que l’action elle-même puisse être considérée comme bonne ou mauvaise.

À l’autre extrémité du spectre de l’éthique, nous avons l’éthique de la loi naturelle, que j’ai découvert est appelée par certains Déontologie (un bon candidat pour le mot du jour!). Elle nous vient d’Aristote, d’Augustin, d’Aquin et, de là, de Dun Scot et de Guillaume d’Occam (celui du rasoir). Jusqu’à la Renaissance, c’était le principal système éthique de la civilisation occidentale. Son objectif premier est qu’un acte soit jugé comme bon ou mauvais, indépendamment des conséquences de l’acte ou des intentions de la personne qui le commet. Ainsi, certaines actions peuvent être considérées comme intrinsèquement mauvaises dans ce système. Par exemple, certains diront que les fonctionnaires devraient toujours faire preuve d’honnêteté avec le public, car mentir délibérément à celui-ci est toujours mal. Comme vous pouvez l’imaginer, il y a beaucoup de discussions sur quelle approche éthique (utilitarisme, loi naturelle ou quelque chose entre les deux) serait la bonne.

Tout cela est intéressant, mais quel est l’impact sur l’entretien hivernal et sur la COVID-19? Deux préoccupations majeures me viennent à l’esprit. Tout d’abord, que faites-vous si vous découvrez qu’un de vos conducteurs (ou peut-être même vous-même) a attrapé la COVID ou y a été exposé? L’enjeu qui se présente ici est celui de la vie privée de l’individu. Si vous allez dans l’atelier ou si vous envoyez un courriel à tous les membres de votre organisation en disant « Bob a la COVID », vous avez clairement violé la vie privée de Bob. Mais si vous savez et ne faites rien, alors Bob pourrait bien infecter d’autres membres de votre organisation. Le résultat pourrait alors être que vous et/ou votre organisation êtes incapables de mener à bien votre mission principale, à savoir maintenir la sécurité et la mobilité du réseau routier pendant les tempêtes de neige.

Un sondage rapide au sein du sous-comité de l’entretien hivernal de l’APWA a montré que la plupart des organisations ont mis en place des règles bien définies dans le cas où un employé attraperait la COVID ou y serait exposé. Une ville dispose même d’un organigramme qui indique ce que les employés et les superviseurs doivent faire à chaque étape du processus. Un des membres de notre sous-comité (Ben Jordan, de l’Université du Wisconsin) a fait remarquer que la question de la vie privée des employés est en partie régie par la loi Americans with Disabilities Act (ADA). Voici un lien utile vers le site de la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi (EEOC) sur ce sujet (https://bit.ly/2XgWohh). Cette ressource (en anglais seulement) contient également de nombreuses informations et d’autres liens sur l’impact de la COVID sur les lieux de travail.

Notez que les lois de l’ADA et de l’EEOC ne sont pas les seuls principes à suivre en ce qui concerne la vie privée des employés. Parmi les autres lois en matière d’emploi à prendre en considération, citons la GINA (loi sur la non-discrimination en matière d’informations génétiques) et la HIPPA (loi sur la protection des informations et de la vie privée en matière de santé). La HIPPA s’adresse principalement aux prestataires de soins de santé; cependant, les employeurs ont une obligation sur la manière dont les informations médicales des employés sont traitées et communiquées, qui relèverait de la législation HIPPA. Tout cela est une autre façon de dire « c’est compliqué », et la meilleure chose à faire est de demander l’aide de votre département des ressources humaines.

Le principal défi en matière de protection de la vie privée des employés est que nous devons protéger nos travailleurs contre le virus, ce qui signifie que nous devons mettre en quarantaine toute personne qui a été en « contact étroit » avec l’employé infecté. Nous devons cependant communiquer ces informations à nos employés sans révéler l’identité de l’employé en question. Vous savez tous ce qui va se passer. Des rumeurs vont se répandre dès que les personnes seront renvoyées chez elles pour être mises en quarantaine, et il y a de fortes chances que l’employé infecté soit identifié en moins de 24 heures par des employés qui feront le rapprochement entre les deux. En tant qu’employés et superviseurs, nous avons l’obligation de ne pas diffuser l’information, mais plutôt de réagir aux informations fournies et de nous concentrer sur la responsabilité qui nous incombe dans notre poste. Heureusement, d’un point de vue éthique et pratique, nous ne pouvons que faire de notre mieux, et notre travail à cet égard est de nous assurer que ce n’est pas nous qui alimentons les rumeurs.

La deuxième préoccupation éthique concerne le vaccin. L’objectif du vaccin est de fournir une protection contre le virus sur une base individuelle, avec l’espoir à long terme qu’à mesure qu’un nombre suffisant de personnes dans une population obtiendra cette protection, la population totale (y compris les non-vaccinés) acquerra ce qu’on appelle une « immunité collective ». Le pourcentage de la population qui doit acquérir une immunité (appelée seuil d’immunité collective), soit en étant atteint par la maladie, soit en étant vacciné, afin d’obtenir une immunité collective dépend de la facilité avec laquelle la maladie est transmise. La variable mentionnée dans la littérature scientifique pour décrire cette situation est appelée R0. Pour la rougeole (très contagieuse), ce chiffre se situe entre 12 et 18, ce qui signifie qu’il faut que 92 à 95 % de la population soit immunisée pour éviter les épidémies de rougeole. Pour la COVID, la variable R0 est comprise entre 2,5 et 4 (elle est beaucoup moins contagieuse que la rougeole), ce qui signifie qu’il faut que 60 à 75 % de la population soit immunisée pour enrayer l’épidémie de COVID-19. Pour ceux qui préfèrent les équations, le seuil est donné sous la forme [1 -(1/R0)]. En d’autres termes, se faire vacciner est en général une bonne chose et sera essentiel pour maîtriser la pandémie.

Donc, étant donné que c’est une bonne chose, devriez-vous exiger que tous vos travailleurs essentiels (ce qui, à mon avis, comprendrait les conducteurs de chasse-neige) se fassent vacciner? C’est une question beaucoup plus délicate. D’un point de vue juridique (ce qui ne veut pas dire d’un point de vue éthique), l’EEOC a déclaré que les employeurs peuvent exiger que les travailleurs se fassent vacciner en fonction de l’industrie ou du travail effectué. Mais devrions-nous le faire? Le nombre de personnes (jusqu’à présent) ayant subi des effets indésirables à la suite du vaccin est très faible (au moment d’écrire ces lignes, environ une personne sur 50 000 vaccinations). Mais il y a quelques mises en garde. Les tests effectués sur les deux vaccins actuellement disponibles aux États-Unis (fabriqués par Pfizer et par Moderna) n’incluaient pas, par exemple, les femmes enceintes. Que faire si l’une de vos conductrices est enceinte? Pouvez-vous, d’un point de vue éthique, exiger (ou même « suggérer fortement ») qu’elle se fasse vacciner? C’est un domaine dans lequel je pense que vous devriez faire preuve de prudence et fonder votre décision et vos politiques sur les directives fédérales, provinciales et locales applicables et sur le droit du travail.

Là encore, le sous-comité de l’entretien hivernal de l’APWA a fourni des données utiles à ce sujet. Si les organisations se penchent sur la question des vaccins, elles le font dans une optique « d’encouragement » plutôt que « d’obligation ». Cela semble raisonnable et prudent d’un côté éthique.

J’espère que ce qui précède vous a permis de prendre en considération certains des enjeux éthiques liés à la pandémie de COVID, car ils concernent non seulement le personnel de l’entretien hivernal, mais également tous les employés des travaux publics. Aucun de ces enjeux n’est simple et, bien sûr, l’éthique se confond dans une certaine mesure avec le juridique, mais il est utile de pouvoir examiner les problèmes auxquels vous êtes confrontés tout en vous demandant quelle est la bonne chose à faire, pour vous-même, votre organisation, vos employés et le public en général.

Vous pouvez communiquer avec Wilfrid Nixon par téléphone au 319 594-4447 ou par courriel à wilf@psassoc.org.

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